{"id":932,"date":"2017-09-24T19:14:00","date_gmt":"2017-09-24T18:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-exposition.com\/?p=932"},"modified":"2021-10-19T13:45:29","modified_gmt":"2021-10-19T12:45:29","slug":"gayet-theophile-louis-deyrolle-kerazan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue-exposition.com\/index.php\/articles3\/gayet-theophile-louis-deyrolle-kerazan\/%20","title":{"rendered":"Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle (1844-1923), peintre breton des ensembles d\u00e9coratifs de Kerazan"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>par Gwenn Gayet-Kerguiduff<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 <em><strong>Gwenn Gayet-Kerguiduff<\/strong> est docteur en histoire de l&rsquo;art, enseignante au sein de l&rsquo;\u00c9cole Nationale Sup\u00e9rieure d&rsquo;Architecture de Clermont-Ferrand, et chercheur associ\u00e9 au CHEC (EA1001) de l&rsquo;Universit\u00e9 Clermont Auvergne. Ses recherches portent principalement sur l&rsquo;h\u00e9ritage des formes architecturales et d\u00e9coratives, sur la spatialit\u00e9 du d\u00e9cor au XVIIe si\u00e8cle, ainsi que sur l&rsquo;histoire des collections. Elle a dirig\u00e9 la publication des actes du\u00a0s\u00e9minaire inter-\u00e9coles d\u2019architectures <\/em>Projet et approche(s) du temps<em>, \u00e0 para\u00eetre en octobre 2017, et codirige la publication de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude\u00a0<\/em>Le Corbusier\u00a0: figure patrimoniale\u00a0? \u00e0 para\u00eetre en 2018. \u2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fleuron de l\u2019art de vivre au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en Sud Finist\u00e8re, le domaine de Kerazan abrite une riche collection d\u2019objets mobiliers \u2013 r\u00e9alisations peintes et dessin\u00e9es, fa\u00efences quimp\u00e9roises, ou encore un mobilier \u00e9clectique, r\u00e9v\u00e9lant diff\u00e9rentes phases dans la constitution de la collection \u2013 dans l\u2019\u00e9crin architectural qu\u2019est le manoir. Aujourd&rsquo;hui fondation Astor et propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Institut de France, le domaine est devenu mus\u00e9e depuis son legs en 1929 par Joseph-Georges Astor<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Situ\u00e9 en plein c\u0153ur du pays bigouden, sur la route de Pont-l&rsquo;Abb\u00e9 \u00e0 Loctudy, celui-ci pr\u00e9sente au public sa collection qui fut \u00e9tablie entre 1870 et 1928 par deux collectionneurs, un p\u00e8re, Joseph Astor II, puis son fils, Joseph-Georges Astor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au c\u0153ur de ce manoir deux ensembles peints ornent deux pi\u00e8ces destin\u00e9es \u00e0 la r\u00e9ception : d\u2019une part le grand salon, et d\u2019autre part la salle \u00e0 manger de la demeure. Ces deux espaces ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9s en 1896-1897 par un m\u00eame peintre, Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle. Si la salle \u00e0 manger conserve encore ses toiles peintes, maroufl\u00e9es et ench\u00e2ss\u00e9es dans les lambris de la pi\u00e8ce, le salon est aujourd\u2019hui d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de ses peintures. En effet, seuls les lambris demeurent <em>in situ<\/em>, tandis que les toiles furent d\u00e9pos\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990, pour rejoindre les r\u00e9serves du mus\u00e9e. Ainsi, quelles \u00e9volutions peuvent \u00eatre per\u00e7ues dans les rapports entretenus entre d\u00e9cors et espaces pour ces deux ensembles d\u00e9coratifs, depuis la commande des \u0153uvres en 1896 jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9pose partielle des ann\u00e9es 1990\u00a0? Quel(s) impact(s) cette d\u00e9pose a-t-elle pour la perception actuelle des deux espaces concern\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces interrogations, il est n\u00e9cessaire d\u2019appr\u00e9hender l\u2019\u0153uvre de Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, et plus particuli\u00e8rement les relations qu\u2019il avait avec la famille Astor. Par la suite, l\u2019\u00e9tude de chacune des pi\u00e8ces (le salon d\u2019une part et la salle \u00e0 manger d\u2019autre part) permettra d\u2019appr\u00e9hender les impacts d\u2019un d\u00e9crochage d\u2019\u0153uvres sur la compr\u00e9hension des espaces et ce, \u00e0 plusieurs \u00e9chelles. Ces analyses mettront en \u00e9vidence la mise en p\u00e9ril d\u2019une unit\u00e9 qui \u00e9tait si ch\u00e8re, tant aux commanditaires qu\u2019\u00e0 l\u2019artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de s\u2019int\u00e9resser sp\u00e9cifiquement aux d\u00e9cors peints de Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9s, il importe de comprendre qu\u2019ils sont une partie d\u2019un tout, d\u2019une collection, constitu\u00e9e en plusieurs \u00e9tapes. Celle-ci est compos\u00e9e progressivement \u00e0 compter de 1870 par Joseph Astor II, s\u00e9nateur maire r\u00e9publicain de Quimper (Finist\u00e8re)<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et rev\u00eat tr\u00e8s vite une ambition politique. En effet, Joseph Astor II entreprend un rassemblement d\u2019objets d\u2019art au sein de sa demeure, le manoir de Kerazan, moins par go\u00fbt personnel qu\u2019en raison d\u2019enjeux professionnels. Les usages et fonctions de cette collection servent les ambitions de son propri\u00e9taire\u00a0: elle permet de t\u00e9moigner d\u2019un attachement \u00e0 la r\u00e9gion, d\u2019un engagement et d\u2019un investissement local, au sein des campagnes finist\u00e9riennes. En effet, aucune repr\u00e9sentation romantique de la Bretagne n\u2019est \u00e0 relever dans le premier \u00e9tat de la collection Astor<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Les sujets pouvant servir la cause r\u00e9publicaine \u00e9tant principalement des repr\u00e9sentations du labeur breton, de la vie quotidienne des paysans cornouaillais, il s\u2019agit avant tout de rechercher la v\u00e9rit\u00e9 et le r\u00e9alisme. Illustrant la compr\u00e9hension des conditions de vie locales, les achats d\u2019\u0153uvres effectu\u00e9s par Joseph Astor II sont \u00e9galement une marque de soutien envers les artistes locaux. Aussi, les repr\u00e9sentations de paysans aux champs, de labeur et de paysages campagnards repr\u00e9sentent plus de 60% de la collection \u00ab\u00a0bretonne\u00a0\u00bb de Kerazan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi Joseph Astor II int\u00e8gre l\u2019importance de la propagande et de la communication pour ses campagnes \u00e9lectorales<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, ce qu\u2019il adapte \u00e0 plus long terme, en se servant des arts comme d\u2019une arme politique<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e m\u00eame que la politique puisse se prolonger dans une collection mobili\u00e8re ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9e avec le d\u00e9c\u00e8s de Joseph Astor II\u00a0en 1901. Son fils, Joseph-Georges Astor a consacr\u00e9 la fin de sa vie \u00e0 compl\u00e9ter la collection paternelle. Dans cette seconde phase constitutive d\u2019un ensemble mobilier, les \u0153uvres s\u00e9lectionn\u00e9es (peintures, mobilier, fa\u00efences) ne rel\u00e8vent plus seulement de productions locales. La collection devient novatrice et avant-gardiste\u00a0: il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019artistes bretons, mais de peintres repr\u00e9sentant la Bretagne. Aussi, des noms plus connus viennent compl\u00e9ter la collection\u00a0: Maurice Denis, Louis-Marie D\u00e9sir\u00e9-Lucas ou encore George Desvalli\u00e8res conf\u00e8rent \u00e0 cet ensemble une envergure nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9cors peints de Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pendant ces deux premiers temps de la collection\u00a0: ses compositions d\u00e9coratives sont command\u00e9es en 1896 par le s\u00e9nateur Astor, en vue de soutenir un artiste concarnois alors en plein essor, attach\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de la Bretagne\u00a0; ensuite son fils, Joseph-Georges Astor, compl\u00e8te la commande en 1913, avec quatre dessus-de-porte compl\u00e9mentaires, puis en 1922, date \u00e0 laquelle il demande la signature des ensembles d\u00e9j\u00e0 existants. Ce dernier choix rel\u00e8ve d\u2019une volont\u00e9 de d\u00e9velopper une collection aux accents nationaux, inscrivant Deyrolle aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019artistes d\u00e9j\u00e0 renomm\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucune \u00e9tude n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur le peintre Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, dont l\u2019atelier \u00e9tait pourtant connu en Bretagne. N\u00e9 le 16 d\u00e9cembre 1844 \u00e0 Paris, cet artiste peintre et c\u00e9ramiste se passionne pour le Finist\u00e8re sud, avant de s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Concarneau<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. \u00c9l\u00e8ve de Cabanel et de Bouguereau, Deyrolle est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des fondateurs de l\u2019\u00e9cole de Concarneau<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, ville o\u00f9 il d\u00e9c\u00e8de en son manoir de Keriolet, le 14 d\u00e9cembre 1923.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant une trentaine d\u2019ann\u00e9es, il trouve ses inspirations dans la repr\u00e9sentation de sujets bretons, et tout particuli\u00e8rement dans la Cornouaille rurale et paysanne. Peintre de la province bretonne, il honore cette r\u00e9gion au travers des sujets qu\u2019il pr\u00e9sente au Salon\u00a0des artistes fran\u00e7ais : <em>Retour de foire, chemin de Saint-Jean \u00e0 Concarneau<\/em> en 1882, <em>Noce Bretonne<\/em> en 1892, ou l\u2019<em>Aum\u00f4ne en Bretagne <\/em>dix ans plus tard. \u00c0 Paris, \u00e0 travers de telles \u0153uvres, il donne l\u2019image d\u2019une Bretagne pieuse et toujours en f\u00eate. Quelques mois pr\u00e9c\u00e9dant son d\u00e9c\u00e8s, il renseigne Joseph-Georges Astor sur ses capacit\u00e9s de production et inspirations : \u00ab\u00a0Depuis un mois j\u2019ai peint une douzaine de panneaux d\u00e9coratifs, [de] sujets bretons sans distinction sp\u00e9ciale\u00a0; quelques confr\u00e8res les trouvent bien<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Sans surprise, Deyrolle s\u2019engage en faveur d\u2019un art empli de sinc\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 la nature qu\u2019il exprime en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab\u00a0Il m\u2019arrive parfois d\u2019\u00eatre dans le cas de conseiller de jeunes peintres et je leur recommande surtout avec insistance, la na\u00efvet\u00e9 et la sinc\u00e9rit\u00e9 devant la nature, ce qui n\u2019exclut pas la recherche du bien et du beau, et je crois que ce qui marque le plus un adepte des genres d\u2019art nouveau c\u2019est de peindre honn\u00eatement et avec un bon sens et de rechercher l\u2019\u00e9trange et le laid<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre le Salon des artistes fran\u00e7ais o\u00f9 il expose r\u00e9guli\u00e8rement, Deyrolle r\u00e9alise plusieurs d\u00e9cors pour les demeures de notables cornouaillais. L\u2019ann\u00e9e 1893, nous apprenons par une correspondance adress\u00e9e \u00e0 Joseph Astor II que M. Proud\u2019hon, pr\u00e9fet du Finist\u00e8re, vient de confier au peintre une partie de la d\u00e9coration int\u00e9rieure de sa demeure :\u00a0\u00ab\u00a0Vous trouverez le grand salon pas mal transform\u00e9 avec les dix panneaux de peinture de Deyrolle [\u2026] Nous aurons le 11 une soir\u00e9e savante, [\u2026] vous jugerez mieux de l\u2019effet du salon<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> \u00bb. L\u2019ann\u00e9e 1913, Deyrolle r\u00e9alise un autre ensemble d\u00e9coratif pour la salle de billard de la Pr\u00e9fecture cette fois, toujours sur la commande de M. Proud\u2019hon<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9couverte du salon du pr\u00e9fet enchanta probablement le s\u00e9nateur Astor, qui commanda en 1896 la d\u00e9coration de deux des pi\u00e8ces de r\u00e9ception pour sa r\u00e9sidence. C\u2019est d\u2019ailleurs certainement par la r\u00e9alisation de ces ensembles d\u00e9coratifs pr\u00e9sents \u00e0 Kerazan que peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e au mieux la production de Deyrolle. Il s\u2019agit effectivement du seul exemple connu o\u00f9 de nombreuses correspondances \u00e9clairent les choix de l\u2019artiste quant aux coloris<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, poses de vernis, choix d\u2019emplacement des \u0153uvres et de leur encadrement, ou encore de leurs retouches. Car si c\u2019est dans un contexte d\u2019ambitions personnelles propres aux deux commanditaires qu\u2019il faut comprendre cette commande, c\u2019est \u00e9galement dans une logique d\u2019\u00e9changes et de proximit\u00e9 entre l\u2019artiste et les commanditaires qu\u2019il s\u2019agit de resituer la r\u00e9alisation des deux ensembles. Au cours de sa correspondance, Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 se rem\u00e9morer ses promenades agr\u00e9ables en compagnie de Joseph-Georges Astor ou rappeler \u00e0 son h\u00f4te la visite de son atelier de Concarneau<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Ces lettres pr\u00e9cisent \u00e9galement que le 7 juin 1896, le peintre a adress\u00e9 une caisse au s\u00e9nateur Astor. Cette derni\u00e8re contenait deux panneaux d\u00e9coratifs pr\u00e9vus pour la salle \u00e0 manger\u00a0:\u00a0<em>La vanne de moulin, les canards et les saumons<\/em>, ainsi que <em>Le li\u00e8vre, les lapins et perdrix<\/em>. Un \u00e9chantillon accompagnait ces deux premi\u00e8res toiles achev\u00e9es\u00a0: des<em> Chrysanth\u00e8mes<\/em>, pour le projet de d\u00e9coration du grand salon de Kerazan<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce principale du mus\u00e9e, \u00e0 la fois premier et dernier espace parcouru par le visiteur, le grand salon conserve aujourd\u2019hui cette fonction d\u2019accueil qu\u2019il a toujours eue [Fig. 1]. Il s\u2019agit de la plus grande salle du manoir, dont le vaste espace n\u2019est occup\u00e9 que par une table centrale, et qui permet aux visiteurs de prendre toute la mesure des \u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es dans cette pi\u00e8ce. Deux baies ouvrent directement sur la cour et le jardin \u00e0 l\u2019anglaise du manoir. Ce salon est d\u00e9cor\u00e9 d\u2019un lustre monumental d\u2019\u00e9poque Louis XVI et de lambris dans lesquels s\u2019imposent deux grandes glaces en vis-\u00e0-vis refl\u00e9tant la lumi\u00e8re. L\u2019agencement de la pi\u00e8ce, r\u00e9alis\u00e9 en 1861 sur la demande du couple Astor, conserve encore aujourd\u2019hui son caract\u00e8re principal. Seuls les panneaux des boiseries qui \u00e9taient autrefois compl\u00e9t\u00e9s par sept compositions d\u00e9coratives \u00e0 motifs floraux du peintre Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle ont gard\u00e9 leur uniformit\u00e9 et monochromie d\u2019un gris bleut\u00e9 [Fig. 2]. Depuis la d\u00e9pose des d\u00e9cors floraux initialement maroufl\u00e9s sur les panneaux de lambris, l\u2019apparence initiale du salon n\u2019est plus. Rel\u00e9gu\u00e9es aux r\u00e9serves du b\u00e2timent depuis les ann\u00e9es 1990, les toiles existent toujours, mais ne sont plus visibles du public.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1059\" aria-describedby=\"caption-attachment-1059\" style=\"width: 840px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1059 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-Kerazan_1.jpg?resize=840%2C630&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"630\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-Kerazan_1.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-Kerazan_1.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-Kerazan_1.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-Kerazan_1.jpg?w=1128&amp;ssl=1 1128w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1059\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1 : Grand salon du manoir de Kerazan<br \/> Photo : G. Gayet (2013)<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_1055\" aria-describedby=\"caption-attachment-1055\" style=\"width: 729px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1055 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Salon-Kerazan-2_2.jpg?resize=729%2C972&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"729\" height=\"972\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Salon-Kerazan-2_2.jpg?w=729&amp;ssl=1 729w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Salon-Kerazan-2_2.jpg?resize=225%2C300&amp;ssl=1 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1055\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2 : Grand salon du manoir de Kerazan<br \/> Photo : G. Gayet (2013)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me pi\u00e8ce du parcours et attenante \u00e0 la premi\u00e8re, la salle \u00e0 manger pr\u00e9sente des dimensions plus restreintes. Cet espace maintient aujourd\u2019hui le spectateur derri\u00e8re un cordon de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 distance des objets et de la d\u00e9coration murale\u00a0; il impose de fait un faible recul pour la compr\u00e9hension de l\u2019ensemble. Charg\u00e9 d\u2019un buffet, de cr\u00e9dences et d\u2019une table dress\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 recevoir les convives, l\u2019espace est garni de mobilier. Lumineuse, la pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur les parc et for\u00eat du manoir, par deux grandes baies. Toujours en place depuis sa commande en 1896, le d\u00e9cor mural de cette pi\u00e8ce vient achever le tout. Douze panneaux d\u00e9coratifs de la main de Deyrolle figurent des troph\u00e9es de chasse et de p\u00eache, ou divers volatiles dans une nature printani\u00e8re<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. En cette fin de XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les invit\u00e9s sont rappel\u00e9s \u00e0 la nature environnante. Pr\u00e8s d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, en 1913, le fils de l\u2019ancien s\u00e9nateur reprend contact avec le peintre, envisageant la cr\u00e9ation de quatre dessus-de-porte pour compl\u00e9ter la composition. L\u2019ensemble d\u00e9coratif de cette pi\u00e8ce a donc \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 en deux temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Deyrolle est caract\u00e9ris\u00e9 comme \u00ab\u00a0peintre de la Bretagne sur tableaux de chevalet\u00a0\u00bb dans le catalogue illustr\u00e9 du Salon de 1882, ce n\u2019est pas dans ce registre qu\u2019il inscrit sa cr\u00e9ation \u00e0 Kerazan. L\u2019\u00e9tude de son \u0153uvre ne peut passer sous silence la part importante de sa production s\u2019attachant aux d\u00e9corations d\u2019int\u00e9rieur. S\u2019il intervient en tant que peintre breton \u00e0 Kerazan, il illustre surtout un th\u00e8me alors en vogue dans les demeures de plaisance\u00a0: les plaisirs et joies que la nature, v\u00e9g\u00e9tale et animale, offre \u00e0 l\u2019homme. La d\u00e9coration du manoir de Kerazan s\u2019inscrit elle-m\u00eame pleinement dans cet esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premier espace du mus\u00e9e, le grand salon de Kerazan est aujourd&rsquo;hui nu de ses toiles. Pourtant, jusque dans les ann\u00e9es 1990, sept \u0153uvres florales aux tons pastel l\u2019animaient<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0 [Fig. 3 et 4].<\/p>\n<figure id=\"attachment_1056\" aria-describedby=\"caption-attachment-1056\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1056 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-pieds-floraux_2.jpg?resize=626%2C1000&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"626\" height=\"1000\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-pieds-floraux_2.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-pieds-floraux_2.jpg?resize=188%2C300&amp;ssl=1 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1056\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Deux pieds floraux, huile sur toile, 1896, 195 cm x 75 cm, r\u00e9serves tableaux du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_1054\" aria-describedby=\"caption-attachment-1054\" style=\"width: 528px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1054 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-bouquet-floral_1.jpg?resize=528%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"528\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-bouquet-floral_1.jpg?resize=528%2C1024&amp;ssl=1 528w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-bouquet-floral_1.jpg?resize=155%2C300&amp;ssl=1 155w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salon-bouquet-floral_1.jpg?w=567&amp;ssl=1 567w\" sizes=\"auto, (max-width: 528px) 85vw, 528px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1054\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Bouquet d\u2019\u0153illets et Chrysanth\u00e8mes dans un vase de fa\u00efence, 1896, huile sur toile, 195 cm x 75 cm, r\u00e9serves tableaux du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chrysanth\u00e8mes, hortensias, roses tr\u00e9mi\u00e8res, violettes, \u0153illets aux coloris vifs agr\u00e9mentaient le plus grand espace du manoir, sa pi\u00e8ce de r\u00e9ception. Ces ensembles repr\u00e9sentaient des compositions florales non sophistiqu\u00e9es, telles qu\u2019elles pouvaient se retrouver naturellement dans les jardins bretons. Prolongation d\u2019un jardin en int\u00e9rieur ou ouverture d\u2019une salle de r\u00e9ception vers l\u2019ext\u00e9rieur, il ne fait aucun doute que Deyrolle faisait dialoguer ses toiles avec le jardin \u00e0 l\u2019anglaise vers lequel elles se tournaient. Pour cela, il fit le choix d\u2019utiliser des tons pastel, des couleurs chaudes pour repr\u00e9senter les fleurs, d\u2019autres froides pour mat\u00e9rialiser les supports des bouquets (vases de fa\u00efence, gu\u00e9ridons\u2026<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>). En arri\u00e8re-plan apparaissaient les limites de propri\u00e9t\u00e9 du domaine de Kerazan, ainsi que la chapelle de Loctudy<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, implantant localement les productions. Deyrolle attachait \u00e9galement une certaine importance au rendu des mati\u00e8res\u00a0: les \u00e9l\u00e9ments v\u00e9g\u00e9taux pr\u00e9sentent des emp\u00e2tements et traces visibles du pinceau, tandis que les supports mobiliers apparaissent dans un traitement plus l\u00e9ch\u00e9. Mat\u00e9rialisant ainsi la vie de la nature face \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 des contenants et supports, Deyrolle propose une vision romantique des \u00e9l\u00e9ments floraux qu\u2019il peint pour Kerazan. Il semble donc \u00e9vident que le d\u00e9cor du salon, dans ces choix stylistiques, faisait \u00e9cho au jardin \u00e0 l\u2019anglaise directement accessible aux visiteurs depuis la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant toute la dur\u00e9e de leur accrochage, le dialogue entre ces toiles et leur espace de pr\u00e9sentation s\u2019effectuait \u00e0 plusieurs \u00e9chelles. Outre l\u2019unit\u00e9 de la composition finale prolongeant le jardin, par le choix des sujets repr\u00e9sent\u00e9s d\u2019une part, le style romantique des compositions d\u2019autre part, rappelant l\u2019identit\u00e9 m\u00eame des jardins \u00e0 l\u2019anglaise, l\u2019\u0153uvre entrait en dialogue avec son espace de repr\u00e9sentation gr\u00e2ce au coloris gris-bleut\u00e9 du support de lambris, prolongeant le ciel pastel qui semblait ainsi s\u2019\u00e9chapper des fonds de toiles de Deyrolle<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Comme une prolongation directe de la teinte de l\u2019arri\u00e8re-plan sur les lambris, le peintre fait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le choix d\u2019une mise en sc\u00e8ne des bouquets floraux par leurs couleurs plus tranch\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, derni\u00e8re \u00e9chelle mat\u00e9rialisant les \u00e9changes entre \u0153uvres et espace les accueillant, celle r\u00e9gionale. Elle se distingue notamment dans le choix d\u2019une repr\u00e9sentation de la Bretagne qui appara\u00eet en arri\u00e8re-plan par l\u2019architecture d\u2019une chapelle, ou encore par les fleurs repr\u00e9sent\u00e9es qui sont communes dans les compositions des jardins bretons (roses tr\u00e9mi\u00e8res, hortensias&#8230;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 l\u2019identit\u00e9 d\u00e9chue d\u2019un salon qui aujourd&rsquo;hui arbore des tableaux de chevalet repr\u00e9sentant la Bretagne. Pour la plupart, ces tableaux n\u2019\u00e9taient pas encore entr\u00e9s dans la collection Astor, ni m\u00eame cr\u00e9\u00e9s, lors de la r\u00e9alisation de l\u2019ensemble floral de Deyrolle en 1896<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les actions de d\u00e9crochage et de stockage des \u0153uvres en r\u00e9serve op\u00e9r\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990 soul\u00e8vent d\u00e8s lors plusieurs interrogations\u00a0: r\u00e9pondent-elles \u00e0 une logique de protection, de conservation, voire de restauration des \u0153uvres\u00a0? Qu\u2019en est-il de la m\u00e9moire des lieux, et des \u00e9changes entre \u0153uvres et espaces environnants imm\u00e9diats\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2017, et \u00e0 la suite des inventaires r\u00e9alis\u00e9s entre 2011 et 2013 au sein des r\u00e9serves du manoir<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, est affich\u00e9e une volont\u00e9 de pr\u00e9servation des toiles par le choix de leur stockage. Pour autant, le propri\u00e9taire ne pr\u00e9voit, \u00e0 ce jour, ni restauration ni restitution <em>in situ<\/em> de l\u2019ensemble. Le choix du retrait des toiles pour des raisons d\u2019usures, de d\u00e9gradations et de coloris d\u00e9fra\u00eechis semble enti\u00e8rement justifi\u00e9 au regard de la distension des toiles, de leurs alt\u00e9rations, des r\u00e9seaux de craquelures, ainsi que des lacunes impactant la couche picturale et alt\u00e9rant la lisibilit\u00e9 individuelle des \u0153uvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois ce d\u00e9crochage d\u00e9laisse la notion d\u2019unit\u00e9 d\u2019ensemble et de coloris qui, comme nous le verrons ult\u00e9rieurement, \u00e9taient chers \u00e0 Deyrolle. Les \u00e9changes de l\u2019artiste avec le commanditaire des \u0153uvres montrent qu\u2019il existait des transitions entre les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces ou encore des flux constants entre jardin et grand salon. Ces pratiques des espaces nous semblent d\u00e9sormais perdues. Le d\u00e9crochage d\u2019un ensemble alt\u00e8re ici la compr\u00e9hension des espaces tels qu\u2019ils \u00e9taient v\u00e9cus entre 1896 et les ann\u00e9es 1990<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sont donc momentan\u00e9ment disparues la m\u00e9moire et l\u2019identit\u00e9 conf\u00e9r\u00e9es \u00e0 ce salon par le s\u00e9nateur Astor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, rel\u00e9guer cet ensemble de compositions florales us\u00e9es aux r\u00e9serves pour pr\u00e9senter d\u2019autres toiles dont les auteurs connaissent une certaine renomm\u00e9e<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> se justifie par la n\u00e9cessit\u00e9 financi\u00e8re d\u2019entretien du mus\u00e9e. Le choix de pr\u00e9senter l\u2019agr\u00e9ment, une collection d\u2019objets, organis\u00e9e selon une s\u00e9lection nominative d\u2019artistes, et ambitionnant l\u2019attractivit\u00e9 comme la notori\u00e9t\u00e9 des lieux, a \u00e9t\u00e9 fait. Kerazan valorise une exposition attrayante (due au renom d\u2019artistes, comme Maurice Denis) plut\u00f4t qu\u2019une unit\u00e9 originelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ann\u00e9es 1990 marquent ainsi la fin d\u2019une strat\u00e9gie politique bretonne telle qu\u2019avait pu la mettre en \u0153uvre Joseph Astor II, et ce, au profit de l\u2019objet d\u2019art unique en tant que pi\u00e8ce ma\u00eetresse valorisant l\u2019attraction d\u2019une collection\u00a0; d\u00e9marche appartenant pleinement au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 ses strat\u00e9gies culturelles et patrimoniales. Ce si\u00e8cle a mis l\u2019accent sur les objets d\u2019art et leur pr\u00e9sentation au sein de mus\u00e9es, mais ce, probablement au d\u00e9triment des notions d\u2019ensembles. Cette valorisation de la peinture de chevalet de peintres de renom t\u00e9moigne des enjeux pratiques et financiers que subit la fondation Astor, qui divergent des objectifs des chercheurs, s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019objet de m\u00e9moire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet exemple peut \u00eatre rapproch\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience mise en \u0153uvre au ch\u00e2teau de Domecy-sur-Cure dans l\u2019Yonne o\u00f9 dix-sept panneaux d\u00e9coratifs sont command\u00e9s en 1899 par le baron Robert de Domecy \u00e0 Odilon Redon, pour orner la salle \u00e0 manger de la demeure<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. L\u2019ensemble est r\u00e9alis\u00e9 entre 1900 et 1901, et depuis 1988, plusieurs des toiles sont conserv\u00e9es au mus\u00e9e d\u2019Orsay. Toutefois, certaines des \u0153uvres sont toujours pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion d\u2019expositions temporaires<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me ensemble d\u00e9coratif r\u00e9alis\u00e9 par le peintre Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle au sein du manoir de Kerazan orne encore aujourd\u2019hui la salle \u00e0 manger [Fig. 5].<\/p>\n<figure id=\"attachment_1049\" aria-describedby=\"caption-attachment-1049\" style=\"width: 795px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1049 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-%C3%A0-manger-Kerazan_1.jpg?resize=795%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"795\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-%C3%A0-manger-Kerazan_1.jpg?resize=795%2C1024&amp;ssl=1 795w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-%C3%A0-manger-Kerazan_1.jpg?resize=233%2C300&amp;ssl=1 233w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-%C3%A0-manger-Kerazan_1.jpg?resize=768%2C989&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-%C3%A0-manger-Kerazan_1.jpg?w=828&amp;ssl=1 828w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1049\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 5 : Salle \u00e0 manger du manoir de Kerazan,<br \/> Photo : G. Gayet (2013).<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est compos\u00e9 de seize toiles maroufl\u00e9es sur des lambris de bois naturel<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Elles pr\u00e9sentent des natures mortes aux li\u00e8vres ou poissons, th\u00e9matiques communes pour les espaces d\u00e9volus aux repas et banquets en cette fin de XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Ces sc\u00e8nes de chasse et de p\u00eache sont compl\u00e9t\u00e9es par des repr\u00e9sentations d\u2019arbres fruitiers, d\u2019oiseaux volant dans les champs ou pos\u00e9s sur des arbres en fleurs. L\u2019ensemble d\u00e9coratif se voit subdivis\u00e9 en deux\u00a0: une partie animale avec le gibier\u00a0et une autre v\u00e9g\u00e9tale. Toutes les compositions se rapportent aux d\u00e9lices offerts \u00e0 l\u2019homme par la nature et peuvent s\u2019illustrer sur une table en tant que mets. Gibiers, fruits, ou encore plaisirs floraux d\u00e9corent la pi\u00e8ce tout en rappelant ce rythme de vie bourgeois et le cabotinage dans lequel a \u00e9t\u00e9 immerg\u00e9e la famille Astor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les coloris et traitement choisis appartiennent pleinement au r\u00e9alisme et\u00a0renforcent la cr\u00e9dibilit\u00e9 des r\u00e8gnes animal et v\u00e9g\u00e9tal. Afin de distinguer les mati\u00e8res Deyrolle joue avec la technique de l\u2019emp\u00e2tement (pour les \u00e9cailles des poissons notamment) et des aplats de couleurs (pour un fond paysager devenant alors le support du sujet). Le choix d\u2019une palette automnale permet ainsi au peintre d\u2019accorder les toiles aux tonalit\u00e9s des lambris laiss\u00e9s naturels\u00a0[Fig. 6 et 7].<\/p>\n<figure id=\"attachment_1052\" aria-describedby=\"caption-attachment-1052\" style=\"width: 744px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1052 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-li%C3%A8vres_1.jpg?resize=744%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"744\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-li%C3%A8vres_1.jpg?resize=744%2C1024&amp;ssl=1 744w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-li%C3%A8vres_1.jpg?resize=218%2C300&amp;ssl=1 218w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-li%C3%A8vres_1.jpg?w=763&amp;ssl=1 763w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1052\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 6 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Troph\u00e9e de chasse, nature morte au li\u00e8vre, huile sur toile, 188 cm x 102 cm, 1896, salle \u00e0 manger du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_1051\" aria-describedby=\"caption-attachment-1051\" style=\"width: 777px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1051 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-canards_1.jpg?resize=777%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"777\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-canards_1.jpg?resize=777%2C1024&amp;ssl=1 777w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-canards_1.jpg?resize=227%2C300&amp;ssl=1 227w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-canards_1.jpg?resize=768%2C1013&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-nature-morte-aux-canards_1.jpg?w=797&amp;ssl=1 797w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1051\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 7 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Troph\u00e9e de chasse, nature morte aux poissons et canards, huile sur toile, 188 cm x 102 cm, 1896, salle \u00e0 manger du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encerclant les invit\u00e9s, les toiles r\u00e9v\u00e8lent la nature en ouvrant la salle \u00e0 manger sur l\u2019ext\u00e9rieur. Les baies donnant d\u2019une part sur les for\u00eats d\u00e9pendantes du domaine de Kerazan, Deyrolle fait correspondre ses \u0153uvres avec la pratique de la chasse\u00a0; en s\u2019orientant d\u2019autre part sur le parc du manoir, le peintre fait dialoguer les natures mortes aux poissons avec le vivier de Kerazan. Les \u00e9changes entre les repr\u00e9sentations peintes et la pratique des espaces ext\u00e9rieurs sur lesquels donnent les baies de la salle \u00e0 manger deviennent \u00e9vidents, les toiles acqui\u00e8rent ici toute leur port\u00e9e et leur symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre dessus-de-porte viennent augmenter l\u2019ensemble en 1913<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, \u00e0 la suite de la commande de Joseph-Georges Astor au peintre Deyrolle. Achevant la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ensemble des d\u00e9lices offerts \u00e0 l\u2019homme par la nature, ces quatre toiles ouvrent \u00e9galement sur la vie, pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du manoir. Inscrites dans la m\u00eame gamme chromatique et dans le m\u00eame style, ces quatre toiles compl\u00e8tent pleinement l\u2019ensemble initial\u00a0[Fig. 8].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019inqui\u00e9tant de ne surtout pas nuire \u00e0 l\u2019ensemble pr\u00e9existant dans la salle \u00e0 manger, Deyrolle s\u2019attarde longuement sur le choix des couleurs \u00e0 utiliser pour la r\u00e9alisation de ces dessus-de-porte\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je comprends que les d\u00e9cors aient besoin d\u2019un nettoyage, il me sera facile de le faire et aussi de voir \u00e0 ce que la nouvelle peinture que vous allez mettre \u00e0 l\u2019entour ne leur nuise pas. J\u2019ai fait il y a deux jours l\u2019\u00e9chantillonnage de couleur que vous me demandez. \u00c0 mon avis, il doit faire bien \u00e9tant d\u2019une coloration tr\u00e8s neutre avec des panneaux de colorations tr\u00e8s vari\u00e9es, mais il sera toujours facile de mettre les deux d\u2019accord en for\u00e7ant ou en att\u00e9nuant la teinte des moulures qui encadrent les d\u00e9cors. [\u2026] D\u00e8s que vous serez \u00e0 Kerazan, faites-moi signe et nous discuterons de la meilleure teinte [\u2026]<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces \u00e9changes permettent de restituer l\u2019importance du coloris et de la coh\u00e9rence que l\u2019artiste cherche entre ses \u0153uvres peintes, ainsi qu\u2019entre ses productions et la teinte des lambris. Deyrolle se montre attentif aux dialogues entre les pigments issus de tableaux de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, mais il est \u00e9galement sensible \u00e0 l\u2019encadrement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les baguettes dor\u00e9es et moulures<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1053\" aria-describedby=\"caption-attachment-1053\" style=\"width: 840px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1053 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?resize=840%2C532&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"532\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?resize=1024%2C649&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?resize=300%2C190&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?resize=768%2C487&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?resize=1200%2C761&amp;ssl=1 1200w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-oiseaux-dans-cerisier_2.jpg?w=1500&amp;ssl=1 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1053\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 8 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Oiseaux dans un cerisier, 1913, huile sur toile, 29 cm x 145 cm, salle \u00e0 manger du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois \u00e9chelles de dialogue peuvent de nouveau \u00eatre relev\u00e9es entre les \u0153uvres et l\u2019espace les accueillant\u00a0: tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u0153uvre propre, le choix de la palette que Deyrolle a op\u00e9r\u00e9 montre une coh\u00e9sion entre les toiles elles-m\u00eames, mais encore le lien qu\u2019elles entretiennent individuellement avec les lambris de la pi\u00e8ce. L\u2019atmosph\u00e8re ainsi cr\u00e9\u00e9e renvoie \u00e0 un mode de vie appartenant pleinement \u00e0 la Belle-\u00c9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle de la pi\u00e8ce, la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ensemble interpelle la fonction initiale de cet espace\u00a0: une salle \u00e0 manger devait pouvoir mettre en app\u00e9tit les convives. Le choix d\u2019une repr\u00e9sentation des d\u00e9lices offerts \u00e0 l\u2019homme par la nature met en exergue les \u00e9changes existants entre supports peints et fonctions m\u00eame d\u2019un espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derni\u00e8re \u00e9chelle mat\u00e9rialisant les \u00e9changes entre \u0153uvres et espace les accueillant, il s\u2019agit de celle ouvrant sur l\u2019ensemble domanial de Kerazan\u00a0: la for\u00eat pour la chasse\u00a0; le vivier pour la p\u00eache. L\u2019approche multiscalaire des dialogues op\u00e9r\u00e9s entre \u0153uvres et espaces permet d\u00e8s lors d\u2019en avoir une meilleure lecture et de ne pas restreindre le d\u00e9cor d\u2019une salle \u00e0 manger \u00e0 la seule mise en bouche des convives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les toiles ici r\u00e9alis\u00e9es rel\u00e8vent d\u2019une composition pr\u00e9cise, pour un dialogue au sein d\u2019un espace conscrit<em>. <\/em>Ces \u00e9changes forment un tout contextualis\u00e9, en lien avec la pratique pass\u00e9e d\u2019un espace : la salle \u00e0 manger, d\u00e9sormais fig\u00e9e comme salle de mus\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la demande de Joseph-Georges Astor, le peintre revient \u00e0 Kerazan en 1922, afin d\u2019apporter quelques retouches \u00e0 l\u2019ensemble, mais plus encore, dans le but de signer ses r\u00e9alisations<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. Cette d\u00e9marche particuli\u00e8re effectu\u00e9e par le fils du s\u00e9nateur, t\u00e9moigne de toute l\u2019importance que ce collectionneur conf\u00e8re d\u2019une part aux productions de l\u2019artiste, d\u2019autre part au statut de l\u2019artiste, et enfin, \u00e0 l\u2019origine des cr\u00e9ations. D\u00e9sormais, chaque toile pr\u00e9sente une signature avec une initiale devant le nom \u00ab Deyrolle \u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]\u00a0<\/a>[Fig. 9]. Ces signatures tardives r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement la volont\u00e9 personnelle de renseigner une collection, alors m\u00eame que Joseph-Georges Astor est au fa\u00eete de sa constitution et \u00e0 la veille du legs \u00e0 l\u2019Institut de France<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1050\" aria-describedby=\"caption-attachment-1050\" style=\"width: 840px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1050 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-d%C3%A9tail-signature_1-.jpg?resize=840%2C797&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"797\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-d%C3%A9tail-signature_1-.jpg?resize=1024%2C971&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-d%C3%A9tail-signature_1-.jpg?resize=300%2C284&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-d%C3%A9tail-signature_1-.jpg?resize=768%2C728&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.revue-exposition.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/salle-d%C3%A9tail-signature_1-.jpg?w=1097&amp;ssl=1 1097w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1050\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 9 : Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle, Deux poissons suspendus (d\u00e9tail de signature), 1896, huile sur toile, 188 cm x 24 cm, salle \u00e0 manger du manoir.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le cas pr\u00e9cis du manoir de Kerazan, Deyrolle a produit des \u0153uvres pour des espaces qu\u2019il connaissait et visitait r\u00e9guli\u00e8rement. La correspondance \u00e9chang\u00e9e avec les commanditaires t\u00e9moigne de peintures produites en atelier, puis envoy\u00e9es au manoir dans des caisses, le peintre n\u00e9gligeant ainsi la pose de ses \u0153uvres. Deyrolle ne para\u00eet s\u2019inqui\u00e9ter que de l\u2019unit\u00e9 finale des d\u00e9cors, dont la coh\u00e9sion ne semble \u00eatre port\u00e9e que par le choix des coloris auxquels il apporte des retouches une fois les ensembles install\u00e9s<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre temps peuvent donc \u00eatre identifi\u00e9s dans la constitution des ensembles d\u00e9coratifs de Deyrolle \u00e0 Kerazan. Le premier, celui de la commande des deux ensembles par le s\u00e9nateur Astor en 1896, r\u00e9v\u00e8le un r\u00e9el dialogue des \u0153uvres avec leurs lieux d\u2019exposition, notamment par les raccords de coloris que le peintre effectuait une fois l\u2019\u0153uvre maroufl\u00e9e sur son support. Ce premier temps montre \u00e9galement un lien fort avec la pratique des espaces et leurs imm\u00e9diates ouvertures sur l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un deuxi\u00e8me temps dans la constitution de l\u2019ensemble, par l\u2019ajout des quatre dessus-de-porte en 1913, rel\u00e8ve l\u2019id\u00e9e d\u2019une coh\u00e9sion picturale g\u00e9n\u00e9rale des \u0153uvres entre-elles, ch\u00e8re au peintre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me temps dans la r\u00e9alisation des ensembles est celui des retouches et signatures apport\u00e9es sur chacune des toiles en 1922. Ici, la question des traces, des d\u00e9gradations, de l\u2019usure ou de la patine des toiles par la pratique des espaces appelle une intervention qui t\u00e9moigne d\u2019une part des \u00e9changes entre un espace et son d\u00e9cor, et d\u2019autre part de la reconnaissance d\u2019un artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ann\u00e9es 1990 marquent le dernier temps dans la vie de ces ensembles\u00a0: il s\u2019agit du d\u00e9crochage des toiles d\u00e9corant initialement le salon. Cette d\u00e9pose partielle met d\u00e8s lors un ensemble d\u00e9coratif \u00e0 la marge de la collection et t\u00e9moigne d\u2019une incompr\u00e9hension d\u2019un espace, d\u2019une perte de sa signification au fil du temps pour r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs actuels bien diff\u00e9rents de ceux initiaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la salle \u00e0 manger a su s\u2019adapter aux \u00e9volutions du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0et garder sa coh\u00e9rence entre architecture et d\u00e9cor, le salon s\u2019est vu soumis \u00e0 des transformations plus profondes, tant en termes d\u2019usage que d\u2019ornementation et se r\u00e9v\u00e8le aujourd\u2019hui moins lisible. Ces modifications contribuent \u00e0 une perte d\u2019identit\u00e9 du lieu (d\u2019un espace comme d\u2019une \u0153uvre), au profit d\u2019une strat\u00e9gie de pr\u00e9sentation de collections sans rapport avec le contexte spatial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est regrettable de voir que la d\u00e9pose de l\u2019ensemble du salon rompt une unit\u00e9 si ch\u00e8re \u00e0 l\u2019artiste, mais qu\u2019elle rompt \u00e9galement une coh\u00e9rence dans l\u2019identit\u00e9 d\u2019un manoir qui s\u2019ouvrait sur l\u2019ext\u00e9rieur. Aujourd\u2019hui incompris, le salon et sa pratique spatiale peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s comme une galerie d\u00e9contextualis\u00e9e, pr\u00e9sentant des objets \u00ab\u00a0hors sol\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les actions de d\u00e9crochage et de stockage des \u0153uvres en r\u00e9serve op\u00e9r\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990 r\u00e9pondent ainsi \u00e0 une logique de protection et de conservation. Cependant elles alt\u00e8rent grandement la m\u00e9moire des lieux, et modifient la valeur des \u00e9changes qu\u2019entretenaient initialement \u0153uvres et espaces environnants imm\u00e9diats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les toiles d\u00e9pos\u00e9es, stock\u00e9es et prot\u00e9g\u00e9es des d\u00e9gradations ne font pas encore l\u2019objet de restauration. Si les \u0153uvres n\u2019ont \u00e9t\u00e9 destin\u00e9es \u2013 par leurs sujets comme par leurs dimensions \u2013 qu\u2019\u00e0 un espace unique qu\u2019est le salon de Kerazan, des possibilit\u00e9s autour d\u2019un nouvel accrochage pourraient raviver la m\u00e9moire des lieux et leurs utilisations anciennes, sans n\u00e9gliger pour autant les objectifs actuels du mus\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9changes entre d\u00e9cor floral et espace seraient inop\u00e9rants si les toiles venaient \u00e0 \u00eatre expos\u00e9es dans un autre lieu qu\u2019une pi\u00e8ce donnant un acc\u00e8s direct sur le jardin \u00e0 l\u2019anglaise. Toutefois, et \u00e0 la suite d\u2019une restauration pr\u00e9alable, une des sept toiles composant autrefois l\u2019ensemble floral pourrait \u00eatre de nouveau expos\u00e9e dans le salon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instar de la pr\u00e9sentation des <em>Arbres sur fond jaune<\/em><a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a> d\u2019Odilon Redon \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition temporaire <em>Au-del\u00e0 des \u00e9toiles. Le paysage mystique de Monet \u00e0 Kandinsky<\/em> au mus\u00e9e d\u2019Orsay (14 mars au 25 juin 2017), une proposition d\u2019ordre permanente cette fois pourrait relever d\u2019un accrochage en sur\u00e9l\u00e9vation par rapport \u00e0 son installation initiale. Du statut de toile maroufl\u00e9e, l\u2019\u0153uvre deviendrait une toile expos\u00e9e, en l\u00e9g\u00e8re saillie de son emplacement originel. Cette distinction permettrait tout d\u2019abord de manifester l\u2019ancien d\u00e9cor existant de la pi\u00e8ce, d\u2019en illustrer le th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, sa coh\u00e9sion avec les lambris, sa qualit\u00e9 stylistique, ainsi que la gamme chromatique choisie, rendant alors les tonalit\u00e9s initiales de la pi\u00e8ce. Autorisant \u00e9galement la lisibilit\u00e9 d\u2019une histoire des lieux et de la pratique des espaces, la m\u00e9moire des \u00e9changes entre d\u00e9cor et architecture ne serait plus mise \u00e0 la marge. L\u2019accrochage de la toile, en tant qu\u2019\u0153uvre ind\u00e9pendante permettrait ensuite de conserver des surfaces suffisantes pour l\u2019exposition des toiles de peintres renomm\u00e9s, aujourd\u2019hui pr\u00e9sent\u00e9es au sein du salon de Kerazan. R\u00e9pondant alors aux n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019attractivit\u00e9 du mus\u00e9e et impactant dans une moindre mesure le budget allou\u00e9 aux restaurations, ce re-positionnement d\u2019une des toiles de l\u2019ensemble d\u00e9coratif pourrait ainsi remettre en perspective les dialogues et unit\u00e9s aujourd\u2019hui disparus, entre \u0153uvre et espace l\u2019accueillant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Archives de l\u2019Institut de France (AIF), 2 J 3 \u2013 dispositions testamentaires\u00a0de Joseph-Georges Astor, 1923 : \u00ab Je veux [\u2026], par l\u2019emploi de ma fortune et par une institution utile, rappeler le souvenir des miens dans le pays, au bien-\u00eatre et \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 desquels ils ont consacr\u00e9 une grande partie de leur vie et le meilleur de leurs efforts. Et en l\u2019\u00e9tat de notre l\u00e9gislation fiscale et de nos m\u0153urs publiques, un grand corps universellement respect\u00e9 me para\u00eet particuli\u00e8rement qualifi\u00e9 pour assurer de fa\u00e7on conforme \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat public la r\u00e9alisation de mes intentions. Dans cette pens\u00e9e, j\u2019institue l\u2019Institut de France l\u00e9gataire universel de tous mes biens \u00bb\u00a0; de son testament ressortent plusieurs conditions\u00a0dont une ayant pour objet la cr\u00e9ation d\u2019un mus\u00e9e : \u00ab\u00a0Le public devra \u00eatre conduit \u00e0 visiter Kerazan un certain nombre de jours par an \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Maire de Quimper (1870-1896), s\u00e9nateur du Finist\u00e8re (1890-1901) et conseiller g\u00e9n\u00e9ral (1877-1895).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Comme \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de ce premier \u00e9tat de collection, prenons la <em>Sc\u00e8ne des champs, ferme bretonne<\/em>, lavis d\u2019encre brune et fusain, dessin r\u00e9alis\u00e9 vers 1860 par Auguste-Denis Goy (14 x\u00a021,5 cm)\u00a0et <em>Int\u00e9rieur de maison paysanne bretonne, <\/em>huile sur toile r\u00e9alis\u00e9e vers 1861 par le m\u00eame artiste\u00a0(35 x 50 cm)\u00a0; \u0153uvres conserv\u00e9es au sein du manoir de Kerazan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Les zones rurales bretonnes \u00e9tant alors principalement analphab\u00e8tes, les campagnes \u00e9lectorales prenaient toute leur envergure lors de manifestations orales (\u00e0 la rencontre des populations\u00a0ou lors de comices agricoles) ou de propagandes visuelles (par les arts graphiques en tous genres). Le beau-fr\u00e8re du s\u00e9nateur Astor, Georges Arnoult, lui-m\u00eame d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain, s\u2019est tout particuli\u00e8rement illustr\u00e9 dans ce jeu d\u2019acteur lors de ses campagnes \u00e9lectorales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Gayet G., \u00ab\u00a0Georges Arnoult (1876-1885)\u00a0: d\u00e9put\u00e9 et collectionneur \u00bb, Bouchet J., Simien C. (dir.) <em>Les passeurs d&rsquo;id\u00e9es politiques nouvelles \u00ab\u00a0au village\u00a0\u00bb, de la R\u00e9volution aux ann\u00e9es 1930<\/em>, actes du colloque (Clermont-Ferrand, Universit\u00e9 Blaise-Pascal, juin 2013), Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2015, p.\u00a0283-299.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Probablement install\u00e9 \u00e0 Concarneau d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1870, la plus ancienne commande retrouv\u00e9e et pass\u00e9e \u00e0 cet atelier, date de 1882. Gayet G., <em>Le manoir de Kerazan et ses propri\u00e9taires\u00a0: architecture, d\u00e9cor int\u00e9rieur et collections<\/em>, th\u00e8se de doctorat d\u2019histoire de l\u2019art sous la dir. de Catherine Cardinal, Universit\u00e9 Blaise-Pascal Clermont 2, 2014, vol. 1, p. 251.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Entre 1870 et 1950, Concarneau accueille de tr\u00e8s nombreux peintres curieux de l\u2019architecture locale, du rythme de vie de sa population ouvri\u00e8re, paysanne et surtout maritime. Son pittoresque et ses costumes traditionnels attirent les artistes fran\u00e7ais comme \u00e9trangers. Nous retrouvons entre autres parmi ces peintres, Eug\u00e8ne Lawrence Vail\u00a0(1857-1934),\u00a0Carl Moser (1873-1939), Alfred Guillou\u00a0(1844-1926), Emma Herland\u00a0(1855-1947), \u00c9mile Schuffenecker (1851-1934),\u00a0Alexandre Cabanel (1823-1889),\u00a0Fernand Cormon (1845-1924),\u00a0William Bouguereau (1825-1905) ou encore Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle (1844-1923).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> AIF, 2 J 5 (JGA19)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph-Georges Astor, 22 mars 1922.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> AIF, 2 J 5 (JGA20)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph-Georges Astor, 31 mars 1922.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> AIF, 2 J 3, (JIIA695)\u00a0; Lettre de Proud\u2019hon \u00e0 Joseph Astor II, 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1893.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> AIF, 2 J 5 (JGA17)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph-Georges Astor, 1913.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> AIF, 2 J 5 (JGA15,\u00a0JGA16 et JGA17) ; Lettres de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 10 et 17 ao\u00fbt 1897 et l\u2019ann\u00e9e 1913.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA23 et 24)\u00a0; Lettres de Deyrolle \u00e0 Joseph-Georges Astor, 27 d\u00e9cembre 1922 et 20 juillet 1923.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA13)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 7 juin 1896.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Depuis 1831, la maison Deyrolle install\u00e9e \u00e0 Paris propose une boutique rassemblant d\u2019importantes collections destin\u00e9es \u00e0 tous les amateurs de la nature\u00a0: animaux naturalis\u00e9s, insectes ou encore coquillages. L\u2019activit\u00e9 familiale de la maison Deyrolle a tr\u00e8s certainement pu inspirer le peintre dans ses travaux : ainsi en t\u00e9moignent les natures mortes et compositions florales produites pour Kerazan, mais \u00e9galement sa participation aux illustrations des planches d\u2019un ouvrage portant sur les l\u00e9pidopt\u00e8res. Voir Berce \u00c9., Deyrolle T.-L., <em>Faune entomologique fran\u00e7aise : l\u00e9pidopt\u00e8res<\/em>, Paris, \u00c9. Deyrolle fils, 1867-1878, 6 vol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Ensemble floral \u00e0 l\u2019\u00e9glise<\/em>\u00a0; <em>Pieds floraux\u00a0<\/em>; <em>Composition florale dans un jardin d\u2019automne<\/em> ; <em>Bouquet d\u2019\u0153illets et Chrysanth\u00e8mes dans un vase de fa\u00efence <\/em>; <em>Bouquet d\u2019\u0153illets sur gu\u00e9ridon m\u00e9tallique <\/em>; <em>Tulipes et roses tr\u00e9mi\u00e8res\u00a0<\/em>; <em>Tournesols et violettes<\/em>, huiles sur toiles, de formats diff\u00e9rents, rectangulaires en hauteur, environ 195 x 75 cm.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> D\u2019anciens clich\u00e9s de Kerazan conserv\u00e9s dans les r\u00e9serves du mus\u00e9e pr\u00e9sentent ces m\u00eames pieds floraux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Chapelle situ\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Loctudy, \u00e0 quelques m\u00e8tres du manoir de Kerazan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA14)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 23 juillet 1896. Dans cette correspondance, Joseph Astor II appara\u00eet satisfait de l\u2019ensemble form\u00e9 dans son salon. Pourtant, plusieurs retouches de coloris sont apport\u00e9es par le peintre afin que le salon obtienne sa compl\u00e8te et parfaite unit\u00e9. Il s\u2019agit principalement de l\u2019accord des tons pr\u00e9sents en arri\u00e8re-plan des toiles et ceux des lambris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Nous pensons par exemple \u00e0 <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em>, huile sur toile de Maurice Denis, 1918, 65 x 100 cm\u00a0; <em>Les feux de la Saint-Jean<\/em>, huile sur toile, Charles Cottet, vers 1902, 32 x 45 cm\u00a0ou encore <em>Le pardon de Notre-Dame-de-Clart\u00e9<\/em>, huile sur toile, Maurice Denis, 1926, 60 x 103 cm.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> \u00c0 la suite du travail de Gayet G., <em>Le manoir de Kerazan et ses propri\u00e9taires\u00a0: architecture, d\u00e9cor int\u00e9rieur et collections<\/em>, th\u00e8se de doctorat d\u2019histoire de l\u2019art sous la dir. de Catherine Cardinal, Universit\u00e9 Blaise-Pascal Clermont 2, 2014, 4 vol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Si les \u00e9changes entre les toiles et le lieu semblent devenus incompris dans les ann\u00e9es 1990, cela est probablement d\u00fb au fait qu\u2019il n\u2019y avait alors aucune \u00e9tude men\u00e9e sur le b\u00e2timent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> On peut citer Jules No\u00ebl, Louis-Marie D\u00e9sir\u00e9-Lucas, Charles Cottet, Maurice Denis, Yan D\u2019argent ou encore Lucien Simon par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Bacou R., \u00ab\u00a0La d\u00e9coration d&rsquo;Odilon Redon pour le ch\u00e2teau de Domecy (1900-1901)\u00a0\u00bb, <em>La revue du Louvre et des mus\u00e9es de France<\/em>, n\u00b0\u00a042, 1992, p. 42-52.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> C\u2019est notamment le cas de l\u2019\u0153uvre <em>Arbres sur fond jaune<\/em> (\u00e9l\u00e9ment de d\u00e9coration pour le ch\u00e2teau de Domecy r\u00e9alis\u00e9 en 1901 par Odilon Redon), pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition temporaire \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 des \u00e9toiles. Le paysage mystique de Monet \u00e0 Kandinsky\u00a0\u00bb, tenue du 14 mars au 25 juin 2017 au mus\u00e9e d\u2019Orsay. Aussi, s\u2019il est regrettable de voir dispara\u00eetre un espace artistique coh\u00e9rent et pens\u00e9 par un artiste (faute de politique de conservation et\/ou de restauration, mais \u00e9galement faute de financement), les \u0153uvres peuvent toutefois se voir conserv\u00e9es par d\u2019autres moyens, ce dont nous pouvons nous r\u00e9jouir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA13)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 7 juin 1896. Le peintre a fait livrer mais n\u2019a pas install\u00e9 les toiles de l\u2019ensemble. Il propose toutefois au s\u00e9nateur deux options pour l\u2019int\u00e9gration des toiles dans la salle \u00e0 manger\u00a0: \u00ab\u00a01. En marouflant, c&rsquo;est \u00e0 dire en collant avec du blanc de c\u00e9ruse la toile sur le panneau de bois. 2. En rectifiant la forme des ch\u00e2ssis et en donnant \u00e0 ceux-ci, sur lesquels la toile reste tendue, la forme exacte des panneaux de la salle \u00e0 manger dont les encoignures sont arrondies en dedans\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Dans cette m\u00eame correspondance Deyrolle propose d\u2019effectuer les retouches n\u00e9cessaires une fois les \u0153uvres install\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> <em>Troph\u00e9e de chasse, nature morte au li\u00e8vre<\/em>, huile sur toile, 1896, 188 x 102 cm\u00a0; <em>Troph\u00e9e de chasse, nature morte aux poissons et canards<\/em>, huile sur toile, 1896, 188 x 102 cm\u00a0; <em>Trois poissons suspendus<\/em>, huile sur toile, 1896, 188 x 24 cm\u00a0; <em>Deux poissons suspendus<\/em>, huile sur toile, 1896, 188 x 24 cm\u00a0; ou encore <em>Rossignols dans un arbre<\/em>, huile sur toile, 1896, 172 x 94 cm.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a><em> Mariniers dans les champs blonds\u00a0<\/em>; <em>Oiseaux dans la vigne<\/em>\u00a0; <em>Pie dans un abricotier<\/em>, huiles sur toiles, 1913, 46 x 74 cm\u00a0; et <em>Oiseaux dans un cerisier<\/em>, huile sur toile, 1913, 29 x 145 cm.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA17)\u00a0; Lettre de Deyrolle \u00e0 Joseph-Georges Astor, 1913.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> AIF, 2 J 5 (JGA15 et\u00a0JGA16) ; Lettres de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 10 et 17 ao\u00fbt 1897\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais commander \u00e0 mon doreur \u00e0 Paris les baguettes dor\u00e9es pour l\u2019encadrement des panneaux [\u2026] Je ferai de m\u00eame pour le vernissage m\u00e2t que je vais mettre sur les panneaux, il sera \u00e0 l\u2019essence et \u00e0 la cire \u00bb. Ces prestations, vernissage et encadrement de baguettes dor\u00e9es, furent finalement assur\u00e9es par la maison Plateau de Pont-l&rsquo;Abb\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Gayet G., <em>Le manoir de Kerazan et ses propri\u00e9taires\u00a0: architecture, d\u00e9cor int\u00e9rieur et collections<\/em>, th\u00e8se de doctorat d\u2019histoire de l\u2019art sous la dir. de Catherine Cardinal, Universit\u00e9 Blaise-Pascal Clermont 2, 2014, vol.\u00a01, p. 258.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Cette signature n\u2019est pas la lettre A comme tout observateur pourrait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 le penser, mais une anagramme form\u00e9e par le m\u00e9lange des initiales T et L (Th\u00e9ophile-Louis) ou T et H (Th\u00e9ophile).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Si Joseph-Georges Astor d\u00e9c\u00e8de en d\u00e9cembre 1928, ses dispositions testamentaires en faveur d\u2019un legs \u00e0 l\u2019Institut sont effectives \u00e0 compter des ann\u00e9es 1920.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> AIF, 2 J 5, (JGA13 \u00e0\u00a0JGA24) ; Lettres de Deyrolle \u00e0 Joseph Astor II, 1896-1897.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00c9l\u00e9ment composant une partie de la d\u00e9coration pour le ch\u00e2teau de Domecy\u00a0; peinture \u00e0 l\u2019huile, d\u00e9trempe, fusain et pastel sur toile, \u0153uvre r\u00e9alis\u00e9e en 1901 et conserv\u00e9e au mus\u00e9e d\u2019Orsay.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<div class=\"wpcp\">Pour citer cet article : Gwenn Gayet-Kerguiduff, \"Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle (1844-1923), peintre breton des ensembles d\u00e9coratifs de Kerazan\", <em>exPosition<\/em>, 24 septembre 2017, <a href=\"https:\/\/www.revue-exposition.com\/index.php\/articles3\/gayet-theophile-louis-deyrolle-kerazan\/%20\">https:\/\/www.revue-exposition.com\/index.php\/articles3\/gayet-theophile-louis-deyrolle-kerazan\/%20<\/a>. Consult\u00e9 le 17 avril 2026.<\/div><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Gwenn Gayet-Kerguiduff &nbsp; \u2014 Gwenn Gayet-Kerguiduff est docteur en histoire de l&rsquo;art, enseignante au sein de l&rsquo;\u00c9cole Nationale Sup\u00e9rieure d&rsquo;Architecture de Clermont-Ferrand, et chercheur associ\u00e9 au CHEC (EA1001) de l&rsquo;Universit\u00e9 Clermont Auvergne. Ses recherches portent principalement sur l&rsquo;h\u00e9ritage des formes architecturales et d\u00e9coratives, sur la spatialit\u00e9 du d\u00e9cor au XVIIe si\u00e8cle, ainsi que sur &hellip; <a href=\"https:\/\/www.revue-exposition.com\/index.php\/articles3\/gayet-theophile-louis-deyrolle-kerazan\/%20\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle (1844-1923), peintre breton des ensembles d\u00e9coratifs de Kerazan&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[82],"tags":[84,38,103,104,105,85,83,101],"class_list":["post-932","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles3","tag-accrochage","tag-art","tag-bretagne","tag-collection","tag-ensemble-decoratif","tag-kerazan","tag-peinture","tag-theophile-louis-deyrolle"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Th\u00e9ophile-Louis Deyrolle (1844-1923), peintre breton des ensembles d\u00e9coratifs de Kerazan - exPosition<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"par Gwenn Gayet-Kerguiduff. 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